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Construction de la « supériorité » de l’homme sur la femme

Comment le mensonge universel de la supériorité de l’homme sur la femme a pu se fabriquer ? …

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Un débat fréquent est la question de la « supériorité de l’homme sur la femme ». Il porte sur ce qui apparaît aujourd’hui au républicain comme une discrimination intolérable : déni de la Liberté, refus de l’Egalité et perversion de la Fraternité par asservissement de l’autre ! Vicieuse, cette discrimination fonde la violence domestique, le droit de cuissage etc… toutes sortes de brutalités ou d’injustices révoltantes.

Certains répondent que cet etat de faits nous vient de la religion !

Qu’on regarde du Japon à la Chine, de l’Inde au Pakistan, à l’Afghanistan… l’homme est devant, la femme en arrière… Sur tout le continent africain, dans tout l’Occident jusqu’à récemment… ce même état de choses partout, malgré les différences de religion. Elles ne seraient donc pas le problème. Il les a précédées.

Certains, sans réfléchir, évoquent comme fondement, la force physique « naturelle » de l’homme. Comme si cette force physique n’était pas surpassée au combat, à la chasse, au quotidien, par d’autres facteurs : entraînement, intelligence, détermination, résistance, endurance, adrénaline, adresse, ruse, chance ! Tous caractères tant féminins que masculins….

A ceux qui voudraient se demander comment l’humanité a pu en arriver à cette discrimination, nous proposons les deux contes suivants, à la manière des anciens, pour éclairer notre réflexion… ! !

CONTE PREMIER : La faute de la femme !

Au commencement, au temps où les humains étaient tous les mêmes, sans races ni couleurs, hommes et femmes chassaient et cueillaient ensemble ! Tels la lionne ou le singe, ils partaient à l’aube quêter la pitance commune. Organisés en bandes, ils partaient la saison venue, pour des campagnes pouvant durer des semaines. L’homme chassait aux côtés de la femme, ils se complétaient de leurs atouts respectifs….

A la veillée, les chasseurs partageaient leur connaissance de la nature, des plantes et des bêtes. Sous le sceau du secret, ils échangeaient savoirs et techniques, autant d’instruments de pouvoir ! !

Ces assemblées améliorant la connaissance, la conservant, la développant, la transmettant… les chasseurs s’organisèrent en sociétés secrètes, accessibles aux seuls initiés selon des rites de passages, âges, épreuves !

Chamanes, sorciers, guérisseuses viennent de ces premiers sanctuaires du savoir humain… De ces sociétés secrètes naquirent plus tard les religions, les clergés détenteurs/transmetteurs du savoir devenu Divin, source ultime du pouvoir, forcément objet de luttes de conquête. Le pouvoir ne se partageant pas, les clergés se firent gardiens du Secret, l’inscrivant dans la religion !

Or il advint qu’on mit un couteau sur la gorge de l’enfant, sommant la femme de livrer le Secret ! Déchirement ! Elle, brave entre tous qui tant de fois s’était ri de sa mort, ne reculant devant aucun danger…. Elle qui ayant résisté à la torture, était prête en l’instant à sacrifier sa propre vie, pouvait-elle accepter qu’on tue l’enfant ? Non, elle n’était pas conçue pour ça…. Elle seule donne la vie ! !

Et il advint qu’on menaça l’enfant de l’homme de même manière. Dépourvu de l’Instinct, lui résista !

On en retint que la femme ne peut/sait garder Le Secret ! ! Disqualification sans appel pour tout rôle prééminent dans le Clergé Du Secret ! Dégradée, dénigrée, dénudée, on l’obligea à se couvrir !

C’est pourquoi sont si rares les femmes prêtre, pasteur, moine, imam, rabbin, du Japon à la Chine, à l’Inde, l’Afghanistan, l’Afrique, l’Europe, l’Amérique etc.. et leurs prophètes, des hommes…

Morale de la « faute » de la femme : n’est donc retenu contre la femme que ce par quoi elle porte l’espèce humaine : donner, protéger la vie !

CONTE SECOND : Les jumeaux

J’ai deux très jeunes jumeaux, garçon et fille. Le garçon est kowabunga, tout fou, agité, curieux.. sa sœur est juste pire, totalement banzaï ! A la maison ils s’accordent pour tout dévaster… Dehors curieusement…. l’on s’amuse et tolère l’énergie débordante du garçon quand on exhorte avec la même bienveillance, sa sœur à rester calme discrète raisonnable sage « comme se doit une fille » !

Moi même en bon père, j’avertis le garçon qu’il a charge de l’honneur et de la défense de sa sœur à qui il doit une protection sans faille. Tout autant, je convaincs sa sœur qu’elle peut compter sur son brave de frère pour défendre son honneur et la protéger jusqu’au mariage en échange du respect qu’elle lui doit! ! !

Assuré de mes droit et raison, je me réveille dans un pays qui me dit que non, ce faisant, je formate mon garçon à un code d’honneur discutable qui lui donne surtout un pouvoir indu et parfois lourd à porter, sur une femme qui n’en a pas besoin. Qu’ainsi je prive ma fille de pouvoir assurer sa propre défense, l’obligeant à la sous-traiter, la rendant vassale, soumise à ce frère ou ce mari… alors que si au départ, je la laisse libre pour soi, autonome, elle saura autant que son frère, se défendre des coups du sort, lui ajoutera sa force, son intelligence et toutes autres qualités, mais surtout, le libérera de la charge superflue d’une sœur totalement capable par ailleurs de s’assumer !

Rêve ou cauchemar ? Ce pays me dit aussi que chaque jour sur trois, une femme meurt par violence conjugale et que cela tient au fait que le garçon s’autorise une posture dominante en invoquant son « bon droit » découlant du rôle qu’on lui a inculqué (ou qu’il a cru comprendre…) de « gardien de la bonne conduite de sa sœur/femme » … On me signale aussi d’ailleurs que toujours dans ce jeu pervers de rôles, lorsqu’il arrive (très exceptionnellement) aux hommes de subir la violence conjugale, peu osent parler, prisonniers du format qui leur a appris, à tort, que « c’est l’homme qui est le maître » !

Ce jeu de rôles fut joué dans l’ancien royaume du Dan Homey en Afrique de l’ouest par la princesse Tassi Hangbê, sœur jumelle du prince héritier Akaba.

« Garçon manqué » comme on dit, Hangbè excelle à la chasse où ses amies femmes et elle se montrent bien plus adroites que nombre d’hommes.

Akaba part à la guerre, est tué dès le 1er engagement. Pour ne pas décourager les troupes, Hangbè remplace son frère. Sa ressemblance, sa bravoure donnent le change et la victoire au Dan Homey..

Hangbè devient alors régente jusqu’à la majorité du nouvel héritier du trône ! Première et unique femme Reine de l’histoire du royaume, elle enrôle ses amies chasseresses dans l’armée du Dan Homey, créant le corps d’élite des « mi non – nos mères » dites « amazones » : pour y être admise, un vœu de chasteté est exigé pour ne pas tomber enceinte ! ! (1)

Morale de l’histoire des jumeaux: l’enfant se forge en fonction du regard qu’il croit saisir du monde à son adresse. Convainquez quelqu’un qu’il est faible ou nul et il le deviendra ! Faîtes le contraire pour voir !

CONCLUSION

Ce pays de rêve qui me commande de voir différemment la condition des femmes, n’est même pas singulier ! ! ! Il relève d’une tradition « humaniste » qui partout dans le monde questionne la marche humaine et le narratif qui en a été fait. L’histoire officielle n’est qu’une partie de la vraie histoire dont elle a souvent été extraite, filtrée, purifiée pour soutenir un discours politique, discours fondé sur les valeurs et savoirs de son époque. Aujourd’hui, le monde a changé. Les connaissances accumulées par l’humanité, la méthode historique, l’éthique imposent désormais un regard plus lucide sur notre passé commun, ses erreurs aussi. Cette déconstruction de l’histoire bouscule les tabous qu’on respecte sans même savoir pourquoi et qui sont sources fréquentes de discriminations.

C’est cet aveuglement que les sociétés comme en France, refusent et plus particulièrement depuis les lumières du 18eme siècle. Affranchies par la laïcité, des déformations de religions mal comprises, chacun comptant pour soi comme citoyen de la République, ces sociétés débattent des rapports humains pour faire adopter par le plus grand nombre, les règles et lois garantissant à tous égalité, dignité, liberté.

(1) https://www.jeuneafrique.com/452511/culture/las-amazones-dahomey-armee-de-femmes-soldats-lafrique-pre-coloniale/